L’interrogation du jour portera sur la résilience. Lorsque l’on parle de résilience, on imagine immédiatement un grand chevalier blanc en armure qui avance fièrement et sans frémir sur son destrier sous une pluie de pierres et de carreaux d’arbalète. Nous devrions tous prendre exemple sur ces chevaliers des temps anciens (plus précisément des temps médiévaux) et nous tenir droit face aux difficultés ou aux déluges qui s’annoncent. Peut-on résumer une notion aussi abstraite que la résilience à ce type de comparaison ?



L’arbre d’une forêt commune

D’abord, de mon point de vu, je ne crois pas que l’émergence de la notion de résilience soit liée au hasard. Dans une société de l’immédiateté où l’efficience et la rentabilité conduisent nos actions, il a fallu que l’être humain s’adapte à la brutalité ambiante. C’est de cette manière qu’est née la résilience. Plus qu’une naissance, il s’agit d’un réflexe humain face à l’anormalité d’un environnement oppressant. Nous n’avons plus le temps de respirer, de penser à nous, et encore moins de réfléchir par nous-même. Les managers d’aujourd’hui ne font que répondre à des indicateurs et des tableaux statistiques. Les réunions « collaboratives » accouchent le plus souvent de décisions préformatées.

La résilience est une chance pour l’être humain. Cela signifie que nous avons pris conscience que la façon dont la vie s’automatise et se robotise conduit inéluctablement à une déchéance programmée. Nous avons intégré ce facteur (quoi que certains en disent) et nous avons décidé de nous protéger pour continuer à survivre. Pourtant, si nous nous protégeons, c’est qu’à l’intérieur de nous, nous savons que les choses vont changer. Le management d’aujourd’hui s’appuie davantage sur l’intelligence émotionnelle et les initiatives individuelles viennent compenser les défauts des algorithmes.

Il faut du temps pour que les effets des multiples disruptions soient absorbés par nos modèles civilisationnels. Les migrations des populations, l’accélération des flux financiers, la dégradation du climat, tous ces effets à court terme ne sont qu’un épais nuage de fumé qui nous empêche de nous projeter. La résilience s’inscrit dans ce processus. Pour autant, rien ne nous interdit d’oser l’anticipation. De quoi sera fait demain ? C’est cette interrogation humaine qui doit guider nos pas. Avançons fièrement vers l’inconnu sans imaginer chaque jour que nous courrons à la catastrophe.

Résilience et démocratisation

Croire que demain, nous devrons nous justifier auprès de nos enfants, ce n’est rien d’autre que de sombrer dans le culte de la repentance. Les erreurs du passé, du présent et de l’avenir doivent servir à nourrir la puissance de l’espèce humaine qui a toujours su s’adapter aux changements à travers les époques. La résilience n’est rien d’autre qu’un réflexe naturel alors que les scenarii des experts-analystes en catastrophes s’amoncèlent sur les bureaux de nos dirigeants.

Je suis intimement persuadé qu’il est indispensable de développer la résilience dans une société anxiogène comme la nôtre. C’est important, non pas pour notre santé mentale, mais pour que le changement se produise. Il doit pouvoir s’imposer à tous, même aux plus pessimistes. La clef de la survie de l’espèce humaine réside dans le fait que certains pourront surmonter les problèmes humains parce qu’ils ont des solutions. Seulement, il est parfois impossible de prendre l’avis du grand nombre. Aussi, nous subissons de nombreuses vagues écrasantes issues de volontés individuelles.

Certains voient en ce nouveau déluge la preuve que les modèles démocratiques modernes sont dépassés. Pourtant, des décisions individuelles sont prises chaque jour partout dans le monde. Elles ne le sont pas par des dirigeants politiques, mais par de simples entrepreneurs. Et pour autant que je le sache, leur impact sur nos vies est bien plus considérable qu’un simple décret publié au journal officiel. La peur du changement vous pousse à rechercher un responsable alors que l’on ne peut pas savoir a priori si celui-ci sera globalement néfaste. La résilience nous aide parfois à prendre ce recul nécessaire au changement du monde.

Être historiquement présent

L’idée n’est pas d’être un mouton. S’il y a résilience, c’est qu’il y a souffrance. Cependant, cette souffrance n’est pas automatiquement justifiée. Tout n’est pas destructeur dans la vie. On ne doit pas obligatoirement présumer que celui qui prend une décision à notre insu le fait dans son propre intérêt et contre le nôtre. On peut croire en une société immuable où chaque chose reste à sa place et où chacun tient un rôle fixe. Toutefois, notre environnement évolue. L’être humain a une faculté à se remettre en cause. Nous souhaitons tous demain laisser une trace impérissable dans l’histoire. Le fait de ne pas y arriver est déjà une souffrance en soi.

La résilience n’est rien d’autre que d’attendre son petit moment à soi, ce moment où nous pourront disposer une petite graine qui contribuera au développement de l’humanité. En tant qu’acteur de notre propre vie, nous prenons chaque jour nombre de décisions pour nous-même. Dans nos échanges avec les autres, nous influons également sur leurs existences. Apprendre à se contenir pour jouer un rôle lorsque cela sera nécessaire, voici quel est le vrai secret de cette mécanique de précision qu’est l’universalité humaine.

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La Plume de DevPerB