La médiocrité est une notion subjective. Un athlète de haut niveau trouvera le sportif du dimanche médiocre alors même que le geek collé à son écran trouvait déjà de tels efforts considérables. Plus largement, doit-on être fier des efforts accomplis même si ceux-ci sont minimes, ou doit-on ne se satisfaire que de l’objectif rempli ? C’est une problématique complexe qui demande plusieurs niveaux d’analyse.



Vers une nouvelle mentalité de gagnant

Individuellement, il est souvent utile, quand on se fixe un objectif sur le long terme, de le découper en une série de tâches réalisables. Cela permet de ne pas se décourager et de pouvoir se retourner en regardant le travail déjà accompli. Pour autant, une telle méthode présente l’inconvénient de voir beaucoup de personnes s’arrêter sur le bord du chemin, déjà satisfaites par les progrès accomplis. En cela, je considère que ce n’est pas forcément un schéma à privilégier, car il est complaisant avec la médiocrité.

La France est le pays de la médaille de bronze. Nos tennismen peuvent arriver en finale de grand chelem sans jamais les gagner et ils feront toujours la une de notre presse en tant que héros nationaux. Au football, l’arrêt Bosman a induit l’exode de nos talents. Cependant, nos meilleurs jeunes joueurs ont été confrontés à une nouvelle mentalité de gagnant. Ce n’est pas un hasard si lors de nos deux victoires en coupe du monde, la grande majorité de nos champions évoluaient dans des championnats étrangers.

La médiocrité dans le subconscient national

La médiocrité s’est insinuée dans le subconscient national autant dans les performances sportives que dans les parcours scolaires. Ce n’est d’ailleurs pas rendre service à nos jeunes que d’ajouter toujours davantage de contrôle continu pour l’obtention de leurs diplômes. Au nom de l’égalité des chances, on oublie que la concurrence et l’émulation forment des esprits féconds, prompts à tirer le pays vers l’innovation et le progrès. Lorsque j’étais jeune et qu’un nouveau joueur arrivait dans notre équipe de rugby, il jouait toujours le prochain match en tant que titulaire. L’épreuve du feu nous renseignait facilement sur son niveau. Pourtant, l’idée principale était généralement de le sortir directement de sa zone de confort. Il comprenait alors que ses coéquipiers n’accepteraient pas une prestation moyenne de sa part.

Il n’est pas question de ne pas louer les efforts et étapes d’un individu dans sa progression. Un jeune entrepreneur peut être satisfait de son premier contrat même s’il aurait pu obtenir des conditions plus favorables. Néanmoins, s’il continue à signer des contrats identiques, on ne doit pas mettre en avant la croissance de son entreprise. Au contraire, il s’agit de pointer sa fragilité et sa faiblesse pour qu’à court terme il améliore sa compétence en négociation commerciale. Encourager sa médiocrité en mettant en exergue le nombre pléthorique de contrats qu’il aura obtenu n’est pas lui rendre service.

Les carences de l’entrepreneur français

Le mindset de l’entrepreneur français est emprunt des valeurs judéo-chrétiennes. La réussite individuelle n’est pas un élément traditionnel de notre patrimoine professionnel. Nous devrions avoir une vie lisse et régulière. Notre passage ici-bas n’est pas fait pour marquer le siècle. Nos actions se doivent de répondre à un jugement individuel prochain ancré dans un paradigme de moralité inconsciente. La médiocrité n’existe pas puisque si l’on a la foi, toutes nos fautes sont pardonnées. En cela, l’échec ne serait qu’une opportunité de s’améliorer. Mon intime conviction est qu’il faut dépasser cet état des lieux et profondément changer ces croyances.

La complaisance avec la médiocrité s’explique également par un biais psychologique. Nous ne voyons que ce que nous voulons voir et nous n’entendons que ce que nous voulons entendre. Les experts en développement personnel prétendent qu’il faut vous débarrasser des personnes de votre entourage considérées comme toxiques. Cependant, à aucun moment ils ne vous expliquent ce qu’est réellement cette toxicité. Peut-être que votre ancien meilleur ami toxicomane arrivait davantage à vous dire que vous faisiez n’importe quoi que le nouveau collègue sympa que vous avez aujourd’hui.

La médiocrité est le propre de votre entourage

Quelqu’un qui n’est pas capable de juger individuellement de sa médiocrité ne pourra jamais réussir en tant qu’entrepreneur. Éliminer les personnes négatives de votre entourage est une erreur. C’est sans doute surprenant à entendre. Pourtant, les personnes qui nous critiquent sont souvent le meilleur moteur de notre succès. Prenez une pause de 20 secondes et réfléchissez à cette affirmation : « Je suis davantage motivé par les critiques que par la réussite quand je ne l’ai pas encore obtenu ». Oui ! Ceux qui vous féliciteront pour vos demi-réussites ne vous aideront jamais à avancer. De même qu’un couple sans dispute n’est qu’une illusion, vous êtes incompétents dans nombre de domaines et on doit vous le faire savoir sans complaisance.

Pour terminer sur ce billet de réflexion sur la médiocrité, je tiens vraiment à dire que je ne m’affiche pas comme un expert en développement personnel ou quoi que ce soit d’autre. J’ai aidé énormément de personnes à reprendre confiance en elles. Leur dire qu’elles sont médiocres dans beaucoup de domaine appartient à la sphère de l’honnêteté. Il fût un temps où j’aurais dû entendre des choses négatives sur mon comportement. Mon parcours de vie n’en aurait été que meilleur. Je vous le dis aujourd’hui : « Vous êtes médiocre ! Il est de votre responsabilité de changer les choses. ».

La Plume de DevPerB